Rapport annuel 2025
À l’ombre des étals du marché « Namassa Danga » à Bamako, reportage de Studio Tamani au Mali, dans le cadre d’une capsule vidéo sur les enjeux quotidiens, 2025. © Harandane Dicko / Fondation Hirondelle

Fournir des contenus journalistiques et favoriser des espaces de dialogue

Un journalisme accessible, au service d’une vie publique éclairée

Le premier axe de la stratégie de la Fondation Hirondelle consiste à fournir des contenus journalistiques et favoriser des espaces de dialogue.

C’est le cœur de notre mission : nous le réalisons en priorité à travers les rédactions et médias que nous créons et soutenons. Dans un contexte marqué par une polarisation croissante, un rétrécissement de l’espace civique et une méfiance grandissante de la population, il est devenu plus difficile, mais plus important, de maintenir un débat public fondé sur des faits. En 2025, notre action est restée ancrée dans le journalisme d’intérêt public, en fournissant des informations fiables sur des plateformes où les citoyen.ne.s, les responsables politiques et les acteur.rice.s de la société civile peuvent échanger sur la base de faits communs.

Les élections sont des moments où le journalisme de service public doit être fort. En 2025, la Fondation Hirondelle a soutenu la couverture électorale dans plusieurs pays, aidant ses partenaires médias à se préparer aux scrutins au Bangladesh (2026) et en Côte d’Ivoire. En République centrafricaine, Radio Ndeke Luka (RNL) a joué un rôle clé lors d’un cycle électoral sans précédent comprenant des élections locales, législatives et présidentielles. RNL a assuré une couverture impartiale et expliqué les procédures de vote, tout en accordant aux candidats à la présidence un temps d’antenne égal pour présenter leur programme et répondre aux questions sur leurs propositions et leur bilan.

La station a également mis en place une nouvelle grille de programmes. Des émissions interactives telles que Ça peut vous arriver et À vous la parole ont invité les auditeur.rice.s à soulever des préoccupations communautaires et à débattre de questions d’intérêt public. Parallèlement, des magazines sur l’environnement, l’éducation, l’économie ou la justice ont fourni des informations pratiques sur les enjeux qui façonnent la vie publique.

Alors que les mécanismes de justice internationale font face à des remises en cause de leur légitimité, une couverture claire et indépendante des processus de redevabilité reste essentielle. Justice Info a continué à remplir ce rôle, par des reportages et analyses approfondis sur les tribunaux internationaux et les processus de justice transitionnelle. En 2025, par exemple, il a analysé le retrait de la Hongrie de la Cour pénale internationale, en expliquant la dynamique politique derrière cette décision et ses implications pour les efforts mondiaux en matière de justice.

Dans un contexte marqué par une polarisation croissante, il est devenu plus difficile, mais plus important, de maintenir un débat public fondé sur des faits.

Emission publique de Radio Ndeke Luka pour lutter contre la désinformation et les rumeurs à Boali, République centrafricaine, le 16 décembre 2023. © GwennDubourthoumieu / Fondation Hirondelle.

Le journalisme de service public ne peut remplir sa mission que s’il est accessible. Veiller à ce que des informations fiables parviennent aux populations là où elles vivent, dans des formats qui reflètent leurs besoins et leurs préoccupations, est au cœur de notre travail. Nos médias ont continué à diffuser dans plusieurs langues locales et à surmonter les obstacles pour rester en lien étroit avec leurs audiences, même dans les endroits les plus reculés. Au Niger, Studio Kalangou a enregistré des débats dans les régions, réunissant les autorités et les citoyen.ne.s pour discuter de questions telles que l’accès à l’eau et la gestion des marchés. Au Mali, Studio Tamani a lancé Échos des Régions, s’appuyant sur un réseau de correspondant.e.s pour couvrir l’ensemble du pays, renforçant le lien entre les enjeux nationaux et les réalités locales.

L’un des moments forts de l’année a été le lancement de Studio Hirondelle-Tchad. Ce projet vise à lutter contre la désinformation et à favoriser la cohésion sociale en soutenant un journalisme fiable et d’intérêt public. Son émission hebdomadaire phare, Voix de Toumaï, est diffusée en français, arabe et sara, et invite le public à apporter ses contributions via les plateformes numériques et sur le terrain.

Au cœur de ces initiatives se trouve un objectif clair : un journalisme accessible, inclusif et ancré dans les réalités des citoyen.ne.s — renforçant ainsi les fondements d’une vie publique éclairée.

Jacqueline Dalton
Responsable éditoriale
République centrafricaine

Radio Ndeke Luka

En 2025, Radio Ndeke Luka (RNL) a consolidé son rôle de média de référence en République centrafricaine, en offrant une information fiable, indépendante et accessible dans un contexte marqué par des incertitudes électorales et des tensions politiques.

Avec une diffusion assurée par 13 émetteurs FM, le streaming et le satellite, RNL a maintenu une couverture étendue, y compris dans les zones enclavées. Sa programmation diversifiée a répondu aux attentes des publics : 86 % des auditeur.rice.s la citent comme première source d’information crédible et 96 % jugent ses programmes utiles à leur vie quotidienne.

L’ancrage territorial s’est renforcé grâce à un réseau de 43 correspondant.e.s et à des productions de proximité.

Dans le cadre du quadruple scrutin (présidentielle, législatives, régionales et municipales), RNL a joué un rôle structurant pour informer et mobiliser, notamment les femmes, les jeunes et les groupes marginalisés, à travers des émissions d’éducation civique et des formats participatifs.

Face à la circulation de fausses informations, RNL a assuré une couverture continue, équilibrée et pédagogique. En offrant des espaces d’échange entre citoyen·nes, acteurs politiques et institutions, elle a contribué à restaurer la confiance et à promouvoir un débat démocratique apaisé. Enfin, le développement des contenus numériques a permis d’élargir l’audience auprès des jeunes et de la diaspora, renforçant l’impact de la radio dans un environnement informationnel en mutation. ■

Paroles
d’auditeur.rice.s
« RNL est notre repère. Quand on entend une rumeur, on attend de vérifier sur RNL avant d’y croire. »
République démocratique du congo

Studio Hirondelle-RDC

Dans l’Est de la RDC, marqué par des tensions liées aux conflits armés, les débats produits par Studio Hirondelle-RDC constituent des espaces de dialogue inclusifs et structurés. Diffusées en plusieurs langues via un vaste réseau de radios partenaires, nos émissions ont touché 1,3 million de personnes, dont 405 000 Congolais.e.s dans l’Est du pays (étude d’audience Immar 2024).

Ces émissions réunissent citoyen·nes, autorités locales, acteur.rice.s communautaires et humanitaires autour des enjeux de paix et de gouvernance. À Goma, elles ont contribué à prévenir des situations de crise en abordant directement les problèmes sources de conflit.

Elles permettent également de mieux faire comprendre aux populations le rôle des acteur.rice.s humanitaires, leurs interventions et leurs contraintes.

1,3 million
de personnes ont écouté les émissions de Studio Hirondelle-RDC en 2025.

Cet enjeu crucial, traité par un média de confiance, illustre la capacité de contenus journalistiques fiables et participatifs à renforcer la compréhension des enjeux humanitaires et la cohésion sociale. ■

Enregistrement du magazine « Ngoma Ya Kongo » dans le Studio Hirondelle-RDC à Kinshasa en République démocratique du Congo, le 23 avril 2025. © Gwenn Dubourthoumieu / Fondation Hirondelle.

Justice Info

Notre média de référence sur la justice internationale et transitionnelle a poursuivi son travail dans un contexte marqué par une multiplication des crises et une remise en cause du droit international.

En 2025, Justice Info a couvert les pressions sur la Cour pénale internationale (CPI) et la Cour internationale de Justice, avec des analyses sur les décisions liées à Gaza, l’Ukraine ou les Philippines, notamment autour de Rodrigo Duterte. La guerre en Ukraine est restée un axe majeur, avec 20 journalistes locaux soutenus pour produire des enquêtes sur les crimes de guerre, procès nationaux, enlèvements d’enfants ou enjeux de mémoire.

Le média a approfondi son travail sur la responsabilité des entreprises en zones de conflit, avec le suivi du procès Lundin en Suède et de la procédure contre le cimentier Lafarge à Paris.

Les couvertures reliant justice internationale et réalités locales ont aussi été développées. En Ouganda, les audiences contre l’ex-leader de l’Armée de résistance du Seigneur Joseph Kony ont donné la parole aux victimes en lien avec les procédures de la CPI à La Haye. En RDC, le procès de l’ancien chef milicien Roger Lumbala est documenté depuis les lieux des crimes jusqu’au tribunal à Paris. En France, plusieurs reportages ont exploré les parcours de victimes d’abus dans l’Église.

Enfin, en Syrie, une série d’analyses éclaire les nouveaux mécanismes de justice transitionnelle mis en place par les nouvelles autorités, en parallèle des procédures de compétence universelle en Europe. Des cartographies ont permis de visualiser les acteurs et procédures en Syrie et à Gaza. ■

Paroles
d’auditeur.rice.s
« Nous faisons souvent des propositions d’émission à votre correspondant local de Studio Tamani, qui sont prises en compte. »

Enregistrement du journal de Studio Tamani en langue songhaï, Bamako, Mali, 2025. © Harandane Dicko / Fondation Hirondelle.

Mali

Studio Tamani

Dans l’Est de la RDC, marqué par des tensions liées aux conflits armés, les débats produits par Studio Hirondelle-RDC constituent des espaces de dialogue inclusifs et structurés.

Diffusées en plusieurs langues via un vaste réseau de radios partenaires, nos émissions ont touché 1,3 million de personnes, dont 405 000 Congolais.e.s dans l’Est du pays (étude d’audience Immar 2024).

Ces émissions réunissent citoyen·nes, autorités locales, acteur.rice.s communautaires et humanitaires autour des enjeux de paix et de gouvernance. À Goma, elles ont contribué à prévenir des situations de crise en abordant directement les problèmes sources de conflit.

Elles permettent également de mieux faire comprendre aux populations le rôle des acteur.rice.s humanitaires, leurs interventions et leurs contraintes.

Cet enjeu crucial, traité par un média de confiance, illustre la capacité de contenus journalistiques fiables et participatifs à renforcer la compréhension des enjeux humanitaires et la cohésion sociale. ■

Burkina Faso

Studio Yafa

Le projet FASOVEIL, mis en œuvre par le Studio Yafa, illustre la capacité des médias à créer des espaces de dialogue concrets autour des politiques publiques, même dans un contexte contraint. Studio Yafa a produit 93 émissions de débats en 2025.

À Léo, ville du centre-ouest du Burkina Faso, une émission Ya Débat consacrée aux enjeux fonciers et à la fraude commerciale a réuni acteurs publics, économiques, représentant.e.s de la société civile et citoyen·nes.

Diffusés en langues locales puis relayés à plus grande échelle, ces échanges rendent l’information accessible et favorisent une meilleure compréhension des décisions publiques. Ils contribuent également à rapprocher citoyen·nes et autorités, en offrant un cadre structuré d’interpellation et de discussion.

Cet exemple montre comment des contenus journalistiques participatifs peuvent renforcer l’accès à une information fiable, tout en ouvrant des espaces de dialogue inclusifs, au service de la redevabilité et de la cohésion sociale. ■

Reportage de Studio Yafa à Ouagadougou sur la hausse du prix des moutons pour la fête de Tabaski, juin 2025 © Philippe Zoundi / Fondation Hirondelle.

Enregistrement d’une émission de Studio Kalangou au Niger, 2025. © Mariama Djermakoye / Fondation Hirondelle.

Niger

Studio Kalangou

Studio Kalangou favorise le dialogue en donnant directement la parole aux citoyen·ne·s, y compris dans des zones peu couvertes par les médias : en 2025, 85 % des émissions de Studio Kalangou ont traité des régions en-dehors de la capitale.

Lors d’une émission Tous à la fada organisée dans la région d’Agadez, de jeunes orpailleurs ont pu échanger publiquement sur leurs conditions de vie et leurs perspectives économiques. Ce format participatif, enregistré au plus près des communautés, permet de faire émerger des préoccupations rarement entendues dans l’espace public. Diffusés ensuite à l’échelle nationale, ces débats contribuent à mieux informer sur les réalités locales tout en valorisant la parole citoyenne.

Dans un contexte marqué par les tensions informationnelles, ces émissions renforcent le rôle du média comme espace de dialogue accessible et inclusif. ■

Paroles
d’auditeur.rice.s
« Les informations sur Kalangou sont crédibles et fiables, personne au Niger ne peut affirmer y avoir entendu des fausses informations. C’est pour cela que nous avons plusieurs groupes WhatsApp dans lesquels nous partageons ses émissions à chaque fois que les gens partagent des rumeurs venant d’autres médias. »
Tchad

Studio Hirondelle-Tchad

Studio Hirondelle-Tchad, lancé en 2025, favorise le dialogue en articulant production journalistique et débats publics au plus près des populations.

À Mongo, dans la province du Guéra, un débat organisé sur la cohabitation entre agriculteurs et éleveurs a réuni plusieurs centaines de participant·e·s autour d’un enjeu central de cohésion sociale.

En donnant la parole aux différent·e·s acteur·rice·s concerné·e·s, cette initiative a permis de confronter les points de vue et de faire émerger des solutions locales. Diffusés ensuite à la radio et intégrés dans le magazine Voix de Toumaï, ces échanges nourrissent une information contextualisée et accessible à un large public.

Ce dispositif illustre le rôle du média comme espace de dialogue inclusif, contribuant à mieux informer tout en apaisant des tensions communautaires. ■

Emission de Studio Hirondelle-Tchad à N’Djaména, 2025. © Studio Hirondelle Tchad / Fondation Hirondelle.